Coline Rio nous fait entrer dans sa Maison avec son nouvel album
Publié : 11h14
11h14 - 4 min 8 sec
Coline Rio nous fait entrer dans sa Maison avec son nouvel album
Depuis la sortie de son premier album (Ce qu’il restera de nous), de sa réédition en 2023, puis de celle de son EP (Ce qui nous lie) en 2024, Coline Rio s’est installée profondément et durablement dans le paysage de la chanson française.
Pour son deuxième album à paraître le 10 octobre 2025, Coline Rio affirme et confirme son art de savoir mettre des mots sur ses maux - les siens mais aussi ceux de nous autres, nation des humains -, sur l’amour, sur ses valeurs humaines, sur ses engagements, avec des fondations musicales et mélodiques d’une solidité décidément inébranlable. Un cran plus loin dans la folk, l’identité musicale de ce nouvel opus demeure ancrée dans une esthétique chanson très forte mais l’Artiste, hyper-musicienne entre toutes, co-réalisatrice ayant oeuvré à sa construction, a franchi un cap et a su évoluer.
Ce sont quelques mois, de l’hiver à l’été 2024, entre dates de concert et retraites artistiques à Nantes, dans le Cantal ou dans la Drôme provençale au milieu des oliviers, mais surtout des expériences de vie qui ont nourri les flots fertiles de sa créativité, pour composer et écrire les 12 chansons de ce nouvel album. La réalisation a démarré en décembre dans un studio loin de la capitale (la Red House à La Forestière), au beau milieu de la campagne, pour poser des fondations artistiques, quelques pianos, guitares et voix avec Stan Neff, son comparse co-réalisateur. Ce duo qui se connait bien est allé s’installer ensuite quelques jours dans les mythiques studios Ferber pour y enregistrer les bases rythmiques avec Raphaël Chassin (batterie et percussions) et Martin Gamet (contrebasse). Le reste (piano, programmations, chant, choeurs, guitares) s’est conçu, peaufiné et taillé à Paris, dans le studio de Stan, sauf pour les cordes (un orchestre de 26 musiciens) qui elles, ont été enregistrées à Skopje, en Macédoine du nord. Une conception à 4 mains, qui a donné des murs porteurs d’une authenticité indiscutable.
Ce qui frappe de prime abord, dans ce nouvel album, c’est la densité personnelle de son propos et des intentions vocales de Coline, qui nous emmène dans les tréfonds de son âme, au fur et à mesure que l’on explore toutes les pièces de cette Maison à plusieurs niveaux de lecture. La sincérité est partout, rien n’est feint et rien ne triche. L’émotion à l’état brut, dans une recherche de Vérité et de justesse omniprésentes.
D’abord l’énoncé d’un constat (Sous la peau), lucide mais sans résignation, sur les blessures indélébiles avec lesquelles on doit vivre et qui ne disparaissent jamais complètement. Introduction subtile sous forme d’une question suggérée (que fait-on de ses blessures ?) dont les réponses se dévoilent justement tout au long de l’album. Cette première chanson hypnotique et introspective, donne l’une des clefs majeures de compréhension de cet ensemble de 12 titres. Un puissant Ainsi soit-il, comme une catharsis musicale, qui déclare qu’exprimer la douleur en la transformant par la musique est déjà une issue, une mise à distance. Constater et accepter. Transformer et grandir. Jusqu’à sa conclusion, avec Refuge, le dernier titre. Où trouver la force et la capacité de se reconstruire après la douleur, après les blessures ? Où puiser son énergie vitale, si ce n’est en soi, par soi, sans attendre que le salut vienne de quelqu’un d’autre ? « J’ai d’abord cru que le refuge était en l’autre, celui qu’on aime, lui qu’on fait nôtre (…) Et aujourd’hui, mon refuge, je veux qu’il soit partout en moi, que mes pas, que mes chansons, que mes ami.e.s, soient ma maison ». Chanson sur l’amour propre, cette chanson parlée est une démonstration de maturité qui boucle la boucle engagée au début.
Avec Manteau chagrin, Coline Rio aborde un sujet jusqu’alors assez peu abordé : la dépression amoureuse et la douleur morale intense qui en résulte, portée comme un lourd pardessus qui recouvre tout. Chanson invitée surprise, pendant l’enregistrement de l’album, elle n’était pas prévue. Comme une nécessité, une urgence, elle a été écrite et composée d’un trait, le dernier jour d’enregistrement de l’album. Poignante et profonde, elle finit par une note positive d’espoir et de clarté sur le soleil qui revient dans la voix de l’interprète. Avec Ma maison, chanson hymnique et puissante, on entre de plain pied dans le vif des sujets qui occupent l’esprit et le coeur d’une jeune femme presque trentenaire : ce qu’on veut et ne veut plus, les choix que l’on fait pour soi, l’horizon que l’on fixe et que l’on veut repère, à un âge où l’on commence à savoir de plus en plus qui l'on est. Par la suite, avec Lettre à soi, la femme d’aujourd’hui écrit à celle qu’elle sera plus tard : « Je t’écrirai ces mots que tu liras bientôt, que tu te souviennes du sang qui sillonne tes veines presque à demi-mot, je garderai le plus beau ». Se rappeler d’où l’on vient, accepter qui l’on est, et se donner du temps pour vivre ce qu’on a à vivre. Mantra de toutes les époques, particulièrement la nôtre. L’album précédent contenait une chanson hommage à sa maman, Danny, chanteuse et musicienne comme elle. Cette fois, c’est son aïeule qui vient s’installer de la plus touchante des manières dans la Maison de Coline. La présence aimante et tendre de sa Grand-mère,****** abordée sous l’angle d’une nocturne apparition, enveloppe le coeur de sa mélodie et de ses mots. Autre pièce majeure de la Maison de Coline, l’énergique et intense Capitaine dans laquelle on tend la main à l’ami(e), au parent, au frère, à la soeur qui n’a pas encore trouvé la force de se soulever contre ce qui l’entrave (ces « fous qui règnent encore sur ton âme à genoux »). Magnifique témoignage d’empathie, qualité maîtresse de la femme comme de l’Artiste, elle insuffle du courage à celui qui la reçoit. Aborder l’album Maison sans évoquer les questions de l’engagement ou des positions sociétales de l’Artiste serait incomplet. Ici, on rencontre Les louves, chanson incroyablement cinématographique, portée par un orchestre de cordes puissant, dédiée à toutes les femmes fortes, libres et inspirantes, d’où qu’elles viennent. Petit clin d’oeil à l’auteure Clarissa Pinkola Estés et à son best-seller mondial Femmes qui courent avec les loups, Coline exprime en musique sa communauté de pensée avec l’écrivaine et dit avec ses mots combien l’inspire la nature sauvage et libre de l’identité féminine (« Laisse naître leur voix en toi »). La nouvelle lune aborde de son côté la question de l’insoumission et de la lutte des peuples opprimés, ou comment chanter l’élan vital de la résistance. Presque guerrière mais tout en finesse, l’Artiste exprime sa solidarité avec ceux qui souffrent, même ailleurs, même loin, grâce à un « nous » concerné et inclusif : « Nous sommes le cœur d’un pays qui se bat, nous sommes une seule et même voix ». Enfin, Ami-amant évoque la liberté d’aimer qui l’on veut : « Celles et ceux qui s’aiment n’ont pas de genre à déclarer, il n’y a pas de barrière pour aimer ». Cause humaine chère à Coline Rio. Conviction profonde qui donne lieu à une prise de position limpide sur une société qui peine encore à s’affranchir des codes et des préjugés.
Phase d’atterrissage en duo-douceur avec l’antépénultième titre de cet opus émotionnellement très dense : La gentillesse, interprétée (et co-écrite) avec l’amie Barbara Pravi, érigée en l’honneur de cette fleur précieuse, valeur humaine considérée par beaucoup comme un signe de faiblesse et à laquelle il fallait bien un jour qu’on lui consacre une chanson. Le soleil de septembre, sur un autre registre, permet de prendre part au retour de ce soleil après la nuit, de l’espoir du coeur qui s’ouvre à nouveau, après le deuil de la rupture.
Coline Rio sera en concert avec Maison au Splendid de Lille le 22 avril 2026
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